J'dis ça j'dis rien


Toute mauvaise foi
mise à part
je ne sais pas
combien ils sont
vraiment
à monter au ciel
mais sans vouloir faire
le rabat-joie
j'en vois déjà
un bon paquet descendre
sous terre

Choisis bien ton déguisement


Sur la route du retour
un feu est passé au rouge
et une ribambelle d'enfants
s'est mise à traverser
Ils devaient se rendre
à un défilé ou
un carnaval ou
dans un autre
endroit sympa
que je ne connais pas
J'ai vu passer
un indien
un cow-boy
un loup et
un chaperon rouge
trois petits cochons
quelques super-héros
et un ou deux types
de Star-Wars
Même la maîtresse
avait sorti un costume
de Cendrillon
Il n'y avait 
qu'eux et moi et
j'étais le seul con
de la rue
à être déguisé
en adulte

Poules mouillées


Ils sont assis
près du fleuve
ne bougent pas
ne parlent pas
ont l'air d'attendre
quelque chose
de l'eau
se sont planqués
au fond de
leur tristesse
avec un ou deux
sourires en réserve
et le soleil
est une poule mouillée
qui vient picorer
avec méfiance
leur peau

Origine de l'aube


Le jour brandit
le scalp
de la nuit
L'aube apparaît

Le perroquet qui bégayait de la chaleur


Une fin d'après-midi
le soleil sur l'épaule
ses rayons délicatement
accrochés à ma peau
sa douce façon de répéter
"tu finiras bien par avoir chaud"

Touriste


Touriste
des obscurités
confortables
des nuits crémeuses
qui enfantent
les heures chaudes
des jours jaunes
étendus
sur la prairie
de leurs bouquets de vent
aux mains
des collines
des fuites oculaires
vers le néant bleu
aux joues dorées
Touriste
des paysages
qui font avorter
les fleurs
et abandonnent
le temps

Parution - Place de la Sorbonne n°2 - mars 2012


Le second numéro de la revue Place de la Sorbonne vient de paraître.
Au sommaire :

Michel Collot
Gerard Berthomieu
Lionel Ray
Marie-Claire Bancquart
Clement Charnier
Laurent Colomb
Guillaume Decourt
Bertrand Degott
Charles Dobzynski
Marc Durain
Frederick Houdaer
Jean-Pierre Lemaire
Emmanuel Merle
Jacques Moulin
Andre Orphal
Stephane Padovani
Lionel Ray
Thierry Renard
Pascal Riou
Guillaume Siaudeau
Jacques Sicard
Jean-Pierre Verheggen
Allain Leprest
Erich Fried
Diane Glancy
Rachel
David Rosenmann-Taub
Christiane Herth
Roxane Maurer
Thierry Renard
Claude Ber
Joëlle Gardes
Jean-Claude Pinson

Toutes les infos ICI

Une fois les rêves dépliés


On devine
le degré
de résistance
d'un homme
à l'envergure
de ses rêves

Pétard mouillé


Ils ont passé la soirée
allongés sur le capot
à reluquer le ciel
Il ressemblait à
un feu d'artifice raté
À ces feux d'artifices dont
la moitié des fusées
explose très fort
sans faire de lumière
et l'autre moité se contente
de l'inverse
Ils se sont frotté les yeux
plusieurs fois
avant de se rendre à l'évidence
Le ciel avait
bel et bien décidé de
chier dans la colle
Par chance
ils étaient venus avec
leurs yeux
les plus brillants

De la cendre sur le dos


Un jour de plus
qui laisse tomber sa cendre
dans les rues grises
qui est parti pour fumer
clope sur clope
Un jour de plus
qui prend nos dos courbés
pour des coquilles de noix
abandonnées au fond
d'un cendrier

Trou du cul du monde


Parfois me prend
l'envie de me barrer
au fin fond du 
trou du cul
du monde
et d'y devenir 
hémorroïde

QG


Nos cœurs hébergent
des meutes
des petits conglomérats
de solitudes

Chaises musicales


Le long des champs, des ourlets d'herbes rases traçaient la route à perte de vue. Il y avait plus de poteaux que de rapaces et plus de rapaces que de mulots. J'observais ce jeu improvisé de chaises musicales entre pattes, poteaux, becs et proies. Il finissait toujours par manquer quelque chose à quelqu'un. Alors un bec se retrouvait vide ou un poteau sans l'ombre d'une serre. J'en étais à me demander de qui j'étais la chaise quand le soleil a quitté mes yeux pour se poser sur le dos d'une montagne.

Au croisement des trajectoires


Le premier
rayon de soleil
sur le nez humide
d'une biche
une goutte de pluie
dans l’œil luisant
d'un minot
Un baiser furtif
au milieu
de ton cou

Corps parallèles


Les longues nuits parallèles
Les grasses matinées parallèles
Les confidences parallèles
Les horizons parallèles
Les bains chauds parallèles
Les mains parallèles
Les morts parallèles

Au bout de la route


Je ne sais pas
où nous allons
comme ça avec
si peu d'essence
dans le réservoir avec
cette pile de rêves
mal pliés
dans le coffre
et quelques cadavres
de souvenirs
sur la banquette arrière
Je ne sais pas
où nous allons
comme ça
à toute vitesse avec
ce drôle de sentiment
d'avoir oublié d'éteindre
le gaz

Sous le ciel gris


Ce soir-là le ciel
s'était mordu la langue
et ils s'étaient endormis
ruisselants
sur le palais du monde

Changement d'état


Dans la rue
quelques passants
encore confortablement
assoupis
se mesurent
à la lumière
avec le sursis
d'un glaçon
qu'on vient de sortir
du frigo

Nécrologie - Elena Petrova


La nécrologie d'Elena Petrova 
est à lire aujourd'hui chez Le Grand Bazart.

Croissance solaire


Le soleil
prend de la hauteur
le ciel est une toise
approximative
De sa courbe
de croissance
dépend
notre rapport
instable
avec la nuit

Bouquet de viande sous l'Abat-Jour


Une nouvelle inédite, "Bouquet de viande", 
 est à lire ce matin sur le site des éditions de l'Abat-Jour.
Par ICI !

Parution - Microbe n°70 - mars 2012


Le nouveau Microbe arrive !

Au sommaire :
Illustrations de Martine Zimmer
Textes de
Pierre Anselmet
Yve Bressande
Éric Dejaeger
Guillaume Decourt
Fabrice Farre
Jean-Paul Gavard-Perret
Jean-Philippe Goosens
Frédérick Houdaer
Diane Meunier
Jean-Jacques Nuel
Morgan Riet
Thierry Radière
Thierry Roquet
Salvatore Sanfilippo
Guillaume Siaudeau


Les abonnés le recevront dans quelques jours.
Les abonnés « + » recevront également le 33e mi(ni)crobe signé Paul Guiot : MAIS QUI SONT-ILS ? Comme d’habitude, les autres ne recevront rien. Pour tous renseignements, contactez Éric !

Chantier permanent


Chaque jour
nous retapons
les ruines
de la veille
et les sourires
nous servent
de ciment

Bases de l'origami


Il s'est plié
en quatre
pour qu'elle
soit pliée
en deux

La chute du jour


Le soir approche
comme un parachute
qui ne s'ouvre pas

Les privilèges du gonzo


Je compte bien
faire ma larve
toute la journée
en bon gonzo
qui se respecte
pour étudier
de plus près
l'absence prolongée
des mouches
à la saison froide
en appartement

Mastiquer la brume


Ce matin croquer
avec appétit dans
la chair du jour
et se rendre compte
que c'est
un chewing-gum

C'est une longue histoire...


J'aurais
vraiment aimé
vous raconter
ce truc
qui m'est arrivé
il y a quelque temps
mais c'est une
longue histoire
...
bien trop longue
pour un
si petit poème

Jus de bouche


Un p'tit mot sur Jus de bouche 
chez Eric ce matin
Merci à lui !

L'heure du parfait équilibre


Entre
trop tard
et trop tôt
une joue posée
sur la paume
l'équilibre parfait
des paupières

L'école de la nature

© photo : Mark Hamblin

Le cerf brame
le serpent mord
le lapin détale
les nuages s'échappent
les herbes vibrent
le rapace patiente
l'homme apprend

Une histoire de merde et d'insomnie


Il arrive
que la nuit
ait du mal à
te digérer
que tu deviennes
un étron compact
qu'elle libère
dans la douleur
au petit matin

Geek


Superbe résolution
programmes riches et variés
aucune publicité
images plus vraies
que nature
effet 3D incomparable
Voilà pourquoi
Je passe
énormément de temps
planté devant
la fenêtre de la cuisine

Traitement du matin


Plusieurs gouttes
de lumière
dans les yeux
un milliardième d'averse
sur la langue
quelques piqûres
de vent
sur le visage

Plein les mains

© photo : Jacques Cormery

Elle a ramassé
l'oisillon mort
s'est sentie triste
et la couleur du ciel
ne faisait rien pour l'aider
C'est indéniable
nous préférons tous
les oiseaux vivants
pourtant
un jour ou l'autre
il nous faut apprendre
à emporter la mort
dans nos mains

Le coup du parapluie


Tu es sous la douche
il y a comme une averse
dans la salle de bains
Je t'imagine perdue
au milieu d'une clairière
les cheveux trempés
les lèvres humides
les yeux affolés
et soudain mon courage
me fait voler à ton secours
Je sais que tout ça
n'est pas vrai
que les choses
dont on rêve
trop fort
finissent en fumée
ou les tripes à l'air
au fond de la tête
mais j'aimerais tant
être ce parapluie
dans ta main
quand il pleut

Roméo et Juliette des trottoirs


Témoin
du mariage clandestin
entre un pétale de géranium
et une merde de chien

100 pas aiguisés


En attendant
qu'elle revienne
ses pas ont
transpercé la nuit
et fendu
la lumière

Les Dieux traînent dans les bars


Chaque soir
une poignée
de types
refait le monde
avec seulement
quelques litres
de pinard

Ne rien lâcher


Ne change pas
ton fusil d'épaule
change de fusil