Tirer des plans

 

Ça doit être dingue

le nombre de plans B

qu'on doit trouver

sur la comète

Quelque chose de la fragilité

 

Une branche nue

et puis

un p'tit oiseau

deux p'tits oiseaux

trois p'tits oiseaux

Un pas maladroit

Plus rien

Taiseux

 

C'est vrai

je ne suis pas trop

superstitieux en temps 

normal mais ça fait 

treize fois que je 

tourne ma langue dans 

ma bouche et je pourrais

presque parler

Alors tout va bien

 

J'ai une

araignée au plafond

qui a les fils qui

se touchent

Carambolage

Il y a

une petite musique

une espèce de couleur 

un 

je ne sais quoi 

d'irrésolu et soyeux

quand deux nuages s'emboutissent

devant nos mirettes alors 

qu'on était à penser 

à demain

Et revoilà septembre

 

Et revoilà septembre

ses nuages

en goguette

ses arbres

qui hésitent

ses nuits un peu 

plus longues et nos

rêves fugitifs

À moins que ce ne soit une soustraction

 

Je vous le donne

en mille

dit cette petite heure

perdue au fond

de la vie

et on ne sait pas 

s'il faut multiplier

ou diviser

Le meilleur récipient

 

L'espoir serait

d'écoper la mer avec

un dé à coudre et

finalement on trouverait 

un verre ou 

encore mieux 

on trouverait un bol ou

une gigantesque bassine ou

que sais-je

un container d'un nombre

incalculable de

mètres cubes ou alors vraiment

le mieux serait 

finalement je crois que

nous devenions

tout simplement 

la mer

Ébauche de la lumière

 

Il fait si noir depuis

tant d'heures que

même la lune

semble n'y rien pouvoir

Les étoiles

n'en parlons pas

Et puis soudain

la lumière s'épand

poussière d'or

sur les champs

les crêtes

les toits

les visages

les cheveux 

Elle dessine tout

croquis étincelant

Ça brille 

en haut en bas

L'univers rassasié de clarté 

Si tu l'as manquée

ce matin

ce n'est pas grave

ça arrive

tous les jours

Il fait si noir depuis

si longtemps et puis d'un coup

même la dernière des

idées sombres

est irradiée

Sieste éternelle

 

Il y a

cet homme schlass

étendu près

du mur en pierres et

on dirait qu'avec 

le temps ils ont fusionné

si bien

qu'on ne sait plus dire

qui s'est

endormi au pied de l'autre

Mue d'été

 

Comme une ibeue

à qui on aurait

arraché les "L"

Carte postale

 

Le ciel est 

un peu plus bleu

et le soleil légèrement

plus jaune

mais l'on broie

le même noir

Le sens du partage

 

Le matin est

à tout le monde

L'espoir est

à tout le monde

L'ennui est

à tout le monde

Le silence est

à tout le monde

L'ivresse est

à tout le monde

La dernière des lumières

dans la nuit est

à tout le monde

Mais le premier qui touche à

ce souvenir

est mort

Toboggan

 

La nuit cette

petite brume

cheveux emmêlés 

vernis écaillé 

qui fait bouche ronde

faute de crier

en dévalant

un toboggan

Dimanche

 

Dimanche on ne sait 

jamais trop si c'est 

un lundi avec 

quelque chose en plus ou

un samedi avec

quelque chose en moins 

alors que c'est peut-être 

tout simplement 

un mercredi déguisé en 

fin de grandes vacances

Agenda

 

Ça ira

mieux demain oui 

Mais après ?

R.A.S

 

Matin conforme

Paupières

s'ouvrent et

se ferment

avec la même aisance

Pas besoin de clé

Alignement

 

Il faudrait

un télescope

Il faudrait

un soir sans nuages

des étoiles

et quelques planètes 

convenablement alignées

Il faudrait 

(mais seulement si

tout ça se vérifiait)

que la nuit dure 

toujours

Exercice de respiration

 

Là se trouve

la prouesse d'une vie

de garder jusqu'au bout

juste assez de soupirs

pour haïr

et aimer

Tout se tient

 

Ça ne tient

à rien alors

on devrait toujours 

tenir à quelqu'un

Vivant

 

Alors parmi

le temps perdu

à l'épicentre

de l'ennui

un merveilleux souvenir

refait surface

indemne

Prémices

 

Il est très tard et

la rue est vide et 

rien ne s'y passe et

rien ne vient ni

ne traverse

On dirait que tout a

foutu le camp et que

rien n'arrivera jamais plus

dans cette rue 

et puis soudain 

un lampadaire s'éprend

d'une bouche d'égout

Petit bordel ambiant

 

Un temps à

compter les mots et

conjuguer les chiffres

Ça vaut ce que ça vaut

 

M'est venue

cette idée

mais bon

Bref

ce serait 

une grande surface

où on pourrait

se racheter

Grand air

 

Parfois

au fond du trou

pousse une fleur

et c'est tout l'oxygène

qu'il manquait

Particules

 

Il flotte

dans l'air comme un

je ne sais quoi de

tu sais quoi

Inséparables

 

On les voit

souvent aller

bras dessus bras dessous

ces deux-là

On les voit 

se balader toutes pleines

de confidences

Inséparables

Parce que personne

connait la mort

depuis aussi longtemps

que la vie

Extrait de roman en cours

 

Nous n’avons pas décroché un mot. Et je me suis retrouvé avec cette petite bête à pinces qui se dandinait  près d’une casserole en pleine ébullition. 

J’ai regardé le homard. Il m’a regardé. Nous en étions au point ou chacun demande à l’autre « Si tu as quoi que ce soit à me dire, c’est le moment, parce que dans cinq minutes il sera trop tard ». Je pense que c’est ce que nous avons imaginé tous les deux. Une quasi certitude, que le homard s’est posé cette question et moi aussi. 

J’ai éteint le feu et j’ai remis le homard dans le sac. Je suis descendu vers le lac. Je sais bien que les homards ne doivent pas survivre longtemps dans l’eau douce. Pourtant, si on demandait à un homard s’il préfère l’eau douce à l’eau bouillante…

Douce, toute douce, l’eau de ce lac était si douce, parfaitement douce. Ce mot suffit à penser que n’importe quel homard aurait été ravi. 

Je l’ai sorti du sac et déposé sur le bord. Il m’a semblé qu’il essayait de dire «Que cette eau a l’air douce, très douce, parfaitement douce ». Je ne voudrais pas parler à sa place mais vraiment j’avais entre les mains une sorte de homard comblé. C’est marrant, ces deux mots ne vont pas vraiment ensemble. Enfin je veux dire, est-ce qu’un homard peut être comblé, heureux, l'acteur principal d'un état de grâce ? Je ne sais pas. 

Je me suis contenté de le déposer dans cette eau très douce et il a filé, comme comblé, riche de quelque chose, loin de tout besoin, ayant une ou deux vies d’avance sur moi.