Constat
Plus de silence ici que dans le ventre d'un animal mort. Impossible de dire s'il est très tôt le matin ou très tard le soir. Le silence appartient aux extrémités du jour.
Dans le précipice
© photo :Philippe Ramette
Il y a un précipice entre chez moi et ceux d'en face. Un trou profond et bruyant qu'on regarde avec précaution, en passant juste la tête par dessus le balcon. Il y a un précipice entre chez moi et ceux d'en face, dans lequel sont échoués des conducteurs aigris, des excréments canins, des piétons enfumés, des enfants et leurs cartables, des reflets de journées identiques et les ombres des nuits qui vont avec.
Jardins aveugles
© photo : Jean-Michel Priaux
Nos vies comme des yeux qui éclosent et se fanent en regard des jardins aveugles.
Longues traversées
© photo : Teun Hocks
Des lambeaux de jeunesse dans le balluchon sous ses yeux. les longues traversées sur le chemin des rides.
Terrain vague
Un terrain vague au dessus de nos têtes dans le brouillard des clopes, des idées défuntes jouent à cache cache entre les côtes brisées des arbres. Nos bouches fumant comme des usines, les pelles à charbon de nos mains, des pensées tristes qu'on arrache à la chaine du ventre de la nuit.
Sous-sol
Elle se balade dans le sous-sol des nuits, il fait encore plus noir, amasse haillons de misère et guenilles de couleurs, s'en fait de longs colliers. Il fait encore plus noir, tout autour. Alors son cou revêt les plus belles parures de déchets qu'on ait portées ici-bas.
Ordre logique
Elle veut un tatouage de marin sur son bras menu, avant d'avoir le bateau. Je suis également de ceux qui pensent qu'il n'y a pas d'ordre logique pour apprivoiser la mer.
Autant qu'un chat
Il faudrait pouvoir dormir autant qu'un chat, sans avoir à bouffer ses croquettes ni se lécher les parties. Juste pouvoir dormir autant qu'un chat.
Sur la colline
© photo : Cédric Girard
C'est un rituel. Il sort, pose son cul devant sa porte, et contemple. Les herbes qui fondent sur la colline, les rapaces plus haut comme des mouches autour d'une merde fraîche. Avant il voyait beaucoup de lapins. Des lièvres parfois, leurs longues pattes arrières jouant aux piolets sur les flancs du relief. Il n'en voit presque plus, trouve cela étrange, et contemple. Il y avait autrefois plus de lapins que de corbeaux, la tendance s'est inversée. Il ne comprend pas. Il y a toujours autant de nuages gris, autant d'humidité, autant de mélancolie dans les branches squelettiques des arbres, mais il doit admettre qu'il y a moins de lapins à trainer dans les heures brumeuses du matin. Il y a moins de voisins aussi. Avant il n'était pas rare d'offrir un verre aux amis de passage, mais depuis la semaine dernière plus rien. Plus de lapins, plus de voisins. Tout perdu d'un coup, comme si les voisins avaient bouffé ce qu'il restait de lapins et s'étaient barrés très loin.
S'il était fou il se dirait que ça a un rapport avec l'autre matin, quand il s'est réveillé debout dans sa chambre avec de la terre plein les bottes et la carabine encore fumante dans les mains. Mais il sait qu'il a encore toute sa tête, arrête de se poser autant de questions, et se contente d'admirer ce qu'il reste de lapins et de voisins sur les herbes rouges de la colline.
A travers la vitre
Le paysage à travers la vitre, un de ces vieux films muets, l'illusion d'une ivresse, les mouvements d'un éléphant à trois pattes, l'idiotie d'une valse interminable.
Extrait de projet en cours
Roulement de tambour
On vit dans un cirque, au milieu de clowns et de trapézistes, le ciel est un chapiteau et les étoiles des lumières d'apparat. On n'est pour la plupart rien d'autre que des ballons sur le museau d'une otarie.
Chemins de traverse
À l'instant devant l'arrêt de bus. Une fille dans un corps de mec les yeux plantés dans "Le grand livre des astromariages". Elle décortique des signes bizarres, n'en perd pas une miette. Le bus arrive et elle referme le livre sacré qui n'a jamais connu la poussière. Le bus les avale, elle et son bouquin, et je me persuade qu'on emprunte les chemins de traverse qu'on peut pour relativiser nos vies merdiques.
Mégots, rat, et prospectus
Il y a un rat crevé près de la poubelle, un prospectus près du rat mort, trois mégots usés près du prospectus, une ombre triste près des dépouilles de clopes, et le reste du monde la gueule grande ouverte près de l'ombre qui pleure.
Pyromane des ombres
Incendie dans la tête des filles, pyromane des ombres charnelles, cracheur de feu sur matières grises inflammables. Chauffeur des salles fragiles de leurs caboches.
Charnier
L'horizon en charpie, les débris de nuages, le plafond blême du ciel, la chair éventrée des arbres, les feuilles mortes dans les rivières, l'odeur d'une fin dans les civières du vent. L'épilogue des sourires qu'on enterre dans le charnier des visages.
Lune de miel
Étrange lune de miel, partouze d'ours et d'abeilles, bzz bzz shlaaak et groaaar, ours repus et confiture d'abeilles.
Bouquets
Il y a de ces jours aux joues grisâtres qu'on regarde comme des fleurs fanées. Il y a de ces semaines dont on pourrait se faire des bouquets à offrir aux gens qu'on n'aime pas.
Western
Tout est figé. Les oiseaux piaillent entre les crocs d'une minute suspendue. Un homme en santiags repeint le coin de la rue avec de la fumée de clope. Il regarde ses pieds, vers moi, puis revient à ses panards aussi immobiles qu'un mort dans du ciment. Le vent rebondit sur les habitations et fait tinter les volets. Plus personne ne bouge. Même le cabot plus loin qui avait prévu de pisser a rangé son matos. Soudain, les pots d'échappement retentissent. Le feu vient de passer au vert et je poursuis ma route dans le western de la rue.
Plus rien
© photo : Ziza
Plus rien. Du vide, des trous, les rafales de vent dans le gouffre de l'horizon. La nuit en train de buter le jour. La bave séchée sur les sentiers des lèvres. Juste quelques miettes de pain dans les poches qu'on brasse à grandes pelletées de nos mains, en attendant qu'elle deviennent quelque chose.
Petit feu
On ne vit pas à cent à l'heure, on ne meurt pas à petit feu, c'est faux. On se contente de l'inverse.
Emplettes
- Mettez-moi un envol d'hirondelles, cet arbre et sa cabane, et puis une petite rivière...
- Celle-ci ?
- Non l'autre, un peu plus grande, elle accueillera de plus longues balades.
- Ce sera tout monsieur ?
- Non, ajoutez moi également ce coucher de soleil, c'est l'anniversaire de ma femme aujourd'hui...
Extrait du film "Emplettes du dimanche", 2098.
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films
Idiot
Un de ces matins qui nous écartèlent, nous fendent le visage, nous plient le dos. De ces matins qui nous déterrent et nous braquent à l'eau fraiche. Un de ces matins où il faudrait être idiot pour ne pas se rendormir.
Boule à neige
Il n'avait trouvé que cette solution pour accepter sa condition. Il s'imaginait dans une boule à neige sans la neige.
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