Recette


L'entrée de la journée, sur le pas de ma porte : Marmelade de déjection canine sur lit de renvoi de poivrot et son chewing-gum écrasé et persillé au tabac froid, agrémenté de feuilles mortes de saison.

Ballet


Il erre depuis des années dans les couloirs de la ville, emporté par le ballet des rats, et enfonçant ça et là quelques portes ouvertes sur la misère humaine.

Piquet


Combien de pas de danse aurons-nous le temps de faire avant que nos pattes usées deviennent des piquets de bois plantés dans la terre fraîche?

Dressage


Je suis en train de dresser un albatros géant pour te décrocher la lune et quelques étoiles. Ne te moque pas, pour l'instant il est tout petit et ne sait pas encore voler, mais je suis en train de le dresser et de le faire grandir. Pour l'instant il est vraiment petit, te dis-je, et ses ailes sont collées à son corps miniature, mais je m'applique sérieusement, et je lui apprends comment chopper la lune dans son bec en plongeant dans le ciel.

Déception


J'admire tes écailles d'argent, m'extasie devant ton silence d'or, et devient fou quand je te regarde te cambrer sous les eaux de bronze. Souvent je regrette que tu ne sois qu'un poisson.

Refuge


La pluie a traversé les carreaux pour venir souiller mon moral, et déjà je sens la tempête s'approcher à pas de loups de ma cervelle, m'obligeant à trouver un refuge à chacune de mes idées.

Humiliation

© photo : F.Moreno

Certains soirs je m'assois sur la muraille, et je regarde le soleil se casser la gueule bien plus bas que je ne pourrai jamais tomber. C'est rassurant de savoir que le soleil est humilié tous les soirs quand il trébuche sur les pieds de la nuit.

Miraculeuse


Le filet de lumière vient d'emprisonner un banc de poussières près du récif corallien de tes yeux. Le vent qui s'engouffre dans la fenêtre entrebâillée tresse à présent des nœuds marins dans tes cheveux bouclés. Je pique un fard au loin, et contemple cette pêche au milieu des flows d'un jazz chaloupé.

Crevasses


Il s'accroche à des cheveux de liane et gravit des montagnes en éclaireur. Sur le corps de cette déesse, il brave les souffles envoutants de crevasses paradisiaques.

Souhait


Ses yeux se plantèrent au delà des étoiles, et sa main n'était déjà plus qu'un tas de branches mortes oublié dans un sous-bois. J'aurais aimé retenir son âme qui prenait de la hauteur, et en faire un cerf-volant que je ne laisserais plus jamais s'envoler.

Guet


La lanterne près de l'entrée attirait des moustiques kamikazes et avalait d'un trait les arbres morts qui dansaient alentour. La seule ombre au tableau était son corps flasque calé dans le rocking-chair, et dégoulinant sur une carabine de chasse prête à mettre bas.

Balançoire

© photo : Jobcak

Dans le jardin agonisant, pluie de ronces, barrages d'herbes marbrées, et ciel mourant, ont échoué à quelques pas de silence d'une balançoire déchue.

Précipice


Elle est au bord du précipice, elle est un tournesol rebelle qui emmerde la lumière, elle prend le vertige de haut comme s'il était un animal rampant bloqué sous ses semelles.

Glace


Tu es cette fleur de glace prisonnière des matins neigeux, qui blottit entre ses pétales le souvenir d'un rayon de soleil fané.

Laboratoire


Sur la table de son laboratoire, une bougie pleure, un vieux livre exhibitionniste dévoile à la lumière son écorce millénaire, et des crapauds séchés complotent avec une queue de lapin par transmission de pensée.

Aeronef


Quand le soleil eut aspiré toutes les étoiles, ils s'envolèrent dans un aéronef de paille au milieu des fusées de papier, et déjà la lueur de la lune leur préparait de quoi nourrir leurs yeux gourmands.

Cohabitation


La rosée du matin, sa bave nichée au coin des lèvres. Les champs fatigués, sa peau tapissée d'eczéma. La lumière froide gobée par l'horizon, son araignée domestique qui laisse derrière elle de quoi retrouver le chemin de son épaule pelée.

Seul


Maintenant, il va devoir tout reconstruire. Les champs de gruyère, le ciel laineux, des danses instinctives avec les animaux précieux. Il faudra désormais tout reprendre à zéro. Faire s'accoupler les branches humides, tricoter les feuilles et faire cuire des mirages jusqu'à ce qu'ils prennent vie. Il peut presque bouger sa jambe droite, et ses yeux emmagasinent petit à petit les nombreuses couleurs volées par l'explosion. C'est un bon début. Pour l'heure, il lit un vieux bouquin de Poe qu'il a trouvé dans la gueule d'un crocodile, et se sent aussi seul que la première mouche venue se terrer derrière le rideau de dentelle d'une vieille cuisine.

Matin


Un matin comme tant d'autres, dans lequel fleurissent des comédons et s'envolent les postillons sauvages au dessus d'une gelée de cérumen.

Automne


Étrange automne. Les feuilles ne meurent pas. Ces bouts de papier restent accrochés aux nuits tièdes de l'été.

Scolopendre


Sous une pierre visqueuse, scolopendres mal lunés, fourmis acharnées, et autres arthropodes démantibulés se livrent à un balai clandestin à l'abri des langues affamées.

Epuration


Près de la fosse d'épuration, onctueuse soupe de poisson, il y a ce vieux pêcheur presque à poil qui use du poignet pour attraper ce qui déambule sous la vase. Il sort une chaussure, une ceinture, une chemise à carreaux trouée de-ci de-là, la mine satisfaite de ces trésors déterrés de nulle part. Lorsqu'il lui arrive de prendre un poisson à trois yeux, il se contente de le jeter dans l'herbe puante derrière lui, en maudissant le lac de vouloir lui refourguer à manger plutôt qu'à refaire sa garde robe.

Torture


Ces pauvres herbes immolées par le soleil et piétinées par un groupe d'adolescents aux pensées lourdes, se font à présent mettre la tête sous l'eau par l'orage et ses esclaves de gouttes.

Cauchemar


Il gravit des montagnes de nougat, descend des ruisseaux de marmelade, et marche sur des routes en chocolat. Pourtant toutes les nuits, sous le ciel de caviar, il rêve qu'il vit dans un monde réel et se réveille en sueur.

Cuisine


Cette vieille maison sent le bouillon de souvenirs aux fines herbes macérées dans la sueur. Si on ajoute à cela un extrait de vieille paysanne transformée en braises froides, tous les éléments sont ici réunis pour réaliser un excellent jus de fantôme.

Fil


Le fil passe près de l'aiguille, entre les lèvres puis dans l'aiguille, entre les doigts tremblants et recourbés il danse enfin et glisse comme une anguille entre des rochers d'arthrose.

Naufrage


Ses yeux roulèrent comme des globes terrestres poussiéreux, puis plus rien. Juste le souvenir d'une aventure dont on ne revient jamais. Elle s'étala par terre dans le silence et ce fut le plus beau des naufrages.

Reflet


Les oiseaux contemplent la mine triste des humains posés sous les fils électriques.