Sacrifices


Des petits sons qui de la bouche des hommes se déversent dans l'oreille de la nuit. De minuscules plaintes sacrifiées en l'honneur de sa surdité. Des mots qui s'amenuisent entre des lèvres presque closes et un gouffre noir bien trop béant.

Poule mouillée


On devrait pouvoir se foutre en l'air modérément. Vivre une vie dans laquelle se faire sauter le caisson au fusil à eau permettrait de se noyer sans trop se mouiller.

Dérapages de saisons


L'été est un orage
l'automne est une orange
l'hiver est une rage
le printemps un virage

Illusion qui n'engage que moi


Pour moi il n'y a pas de bon poème
sans une mauvaise interprétation
de ce qu'on a devant les yeux

Cohabiter avec dehors


Par la fenêtre les choses tanguent
les gens ne vont pas droit
la rue ressemble à un serpent
je deviens une petite souris

Sur le bas-côté


Mes neurones le ventre à l'air sur l'autoroute du dimanche. Les milliards de bruits qui pénètrent mes oreilles. Le vent qui chatouille ma carcasse. Mon ombre transpercée par celles des arbres. La lente décomposition de mes idées. Mes yeux boiteux dans ce jour où chaque minute raconte la fin d'une histoire.

L'odeur du feu


Il n'y a que l'odeur du feu 
qui puisse réveiller 
autant de souvenirs

Tffffffffffffffff !


L'automne me sourit de toutes ses dents. L'automne me crache dessus. L'automne me tire par le bras. S'il pouvait parler, l'automne aurait le dernier mot.

Cultiver d'autres jardins


Un lopin de terre au fond de nos crânes pour cultiver notre jardin. Moi depuis toujours j'essaie d'y faire pousser des fleurs et une petite armée de mauvaises herbes.

Des lignes à suivre


Leur peau les tangentes que l'on frôle, leurs lèvres les lisières des jours meilleurs, leurs yeux de vieilles photos de naufrages.

Curieuse contribution


Une contribution au joli cabinet de curiosités du curieux ami Éric Poindron (cliquez sur l'image pour entrer dans le cabinet)

En voie de disparition


Dans leurs derniers souffles seulement
les hommes redeviennent les proies traquées 
de leurs premières respirations

Usines à doigts


Les mains des amoureux sont des usines à doigts. Et leurs doigts de petits ouvriers stakhanovistes bravant le froid d'hiver et les chaleurs d'été. Les mains des amoureux n'emploient que très peu de doigts, mais quels doigts ! Ils ne craignent rien d'autre que la retraite et les licenciements. Il faut dire que dans les usines à doigts on est logé, nourri, blanchi, et qu'il suffit de suivre les lignes pour faire partie de demain. Parfois les doigts peuvent prendre des vacances et visiter les cratères retirés, ou plonger dans les vagues chevelues. C'est peut-être ça le secret. Pour être heureux, tous les doigts devraient passer leur vie dans une usine à doigts.

Aboiement sidéral


Nos petites gueules muettes dans la muselière du ciel. Ici on ferme son clapet. Il faudrait aller outre. Aboyer dans le vide sidéral. Mordre à nouveau la tête haute.

À la vôtre


Tournée générale du ciel, trompettes de Jéricho à ras bord, fausses notes arrosées de soleil. Le vin de la nuit s'est évaporé dans le cœur des hommes. Il est l'heure, au creux des clairières, de goûter aux embruns buissonniers.

Autodafé


Une saison qui meurt emporte avec elle tout un tas d'hommes, de fleurs et d'animaux. Une saison s'éteint dans un autodafé de souvenirs.

Les petites barques


Ce matin est un lac paisible où flottent quelques envies de révoltes. De petites barques brumeuses qui lanceraient volontiers des jurons si la cohue tout autour n'était pas si organisée. Ce matin ne changera pas grand chose. Une fois encore les barques finiront par s'échouer sur les berges de nos espoirs.

Ne pas se perdre


Trouver le champ, la forêt, un tas de feuilles, le champignon, les autres planqués tout autour, les épées de soleil qui éventrent les arbres, trouver la fin de la journée, la fatigue sous nos pieds, le courage dans nos mains, les mirages dorés de l'automne, la route du retour. Trouver ton dernier sourire avant la nuit.

Les bagnards


Bagnards des temps modernes, menottes dans les poumons, coups de pioches dans les foies, conditionnelles dans les cheveux bouclés des filles.

Plus beaux que des ciels d'été


À contempler ses yeux
même les ciels d'été
ont le regard bien terne

Évolution humaine


Tous finissent par s'étreindre
Tous finissent par s'étendre
Tous finissent par s'éteindre

Les vertes journées


Les heures étaient des goutte à goutte, l'été durait plusieurs vies, les ombres se cachaient de nous, plus rien n'importait que les éclats de rire luisant dans nos éternités.

Taper dans l'œil


Dans le sillage de ses yeux
les racontars des badauds 
se noient dans l'eau pure d'un regard

Os à moelle


Sur ses lèvres en reflet la moelle d'un amour, l'essence d'un os aussi facile à fracturer qu'une porte trop vieille pour s'ouvrir simplement.

Ode à la nuit


Glisser dans la nuit, revêtir son linceul noir, s'en faire une amante, l'accompagner dans son insomnie chronique. L'aider à mourir en lui tenant la main dans le matin avortant. Finir par l'aimer.

La croisade du grenier


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Là où il y a le plus d'oiseaux

© photo : Bluechameleon

Plus d'oiseaux dans nos crânes que n'importe où ailleurs. Qui picorent les miettes de nos cervelles. Qui cherchent la sortie. Qui font de nos idées des nuées de problèmes. Des oiseaux par milliers qui lorsqu'ils tombent du nid deviennent les mots de nos bouches.

Comme les arcs-en-ciel


Elle dort comme elle mange, elle mange comme elle vit, elle vit comme elle mourra, elle mourra comme disparaissent les arcs-en-ciel.