Temps
Le temps passe la plupart de son temps à fabriquer des cranes, faire craquer des os, et chronométrer de temps en temps la cuisson d'un œuf à la coque.
Rodeo
Juste avant le rodéo, quand James a croisé Katherine, il lui a confié que c'était la première fois depuis longtemps qu'il avait plus envie de copuler dans la paille que de reprendre une autre bière. Il a juste ajouté : "après le rodéo, la bière sera encore là, mais toi..."
Proie
Ce matin j'ai surpris le soleil, caché entre des branches craquantes, qui donnait tout pour ressembler à une araignée famélique collée au milieu de sa toile. Ce matin, pendant quelques secondes, j'étais une mouche hypnotisée par une boule de feu à huit pattes.
Troupeau
Il dessina un troupeau de moutons, c'est ainsi qu'il fit la connaissance d'une armée de petits princes.
Piscine
Il est un cri dans une boîte en carton, une lampe torche moribonde dans une soupe de brouillard, il n'est rien de plus qu'un ongle crasseux planté dans une chair en décomposition. Il m'a dit, l'autre jour, qu'il se sentait comme un vieil oiseau imbriqué dans les feuilles jaunes d'une piscine en jachère.
Carcasse
On fini tôt ou tard par devenir la proie des aigles, la dernière braise dans la poussière, la carcasse de chien errant dans le fossé boueux.
Fluo
Un jour on repeindra tous les corbeaux en jaune fluo et l'éclat de leur nouveau plumage séchera les larmes des nuages gris. Un jour on repeindra tous les corbeaux en jaune fluo, et l'éclat de leur nouveau plumage sera annonciateur de naissances.
Quand elle sourit
Quand elle sourit, quelque part les passereaux fondent sur les éperviers, les lombrics avalent les carpes à la chaîne, et les bonhommes de neige réchauffent entre leurs bras les rebuts de l'hiver.
Eau
Patauger dans la merde, nager dans le bonheur, se noyer dans ses rêves, autant de manières de flotter à la surface du monde.
Province
Nous sommes les provinces de nos morts, les périphériques de nos nuits, les symphonies de nos derniers souffles.
Larmes
© photo : Joshua Hoffine
Tes larmes sont des cauchemars qu'on égorge. Des lames posées sur la gorge des monstres de placard.
Repères
Il n'a pour repères que des brindilles hésitantes, le chant improvisé des aigrettes, et des nuages capricieux qui sauront lui faire signe quand il devra mourir.
Poissonnière
Dans les yeux de cette morue fraîchement débarquée, la poissonnière a vu la bave aux lèvres des marins, l'agitation d'une mer lunatique, et la soupe de poisson premier prix située dans le rayon qu'elle traverse le matin pour prendre son service.
Extrême
J'arpente les jambes jusqu'aux forêts perdues, j'escalade les dos quand mes doigts sont piolets, je saute dans le vide de leurs yeux pour atterrir des kilomètres plus bas dans des champs de cheveux, indemne et apaisé.
Nuit
Celui qui pensait qu'il n'y avait pas assez d'heures dans une nuit, était également persuadé qu'il n'y avait pas assez de nuit dans une heure.
Spécial * Vases Communicants *
«(…) pourquoi ne pas imaginer, le 1er vendredi de chaque mois, une sorte d’échange généralisé, chacun écrivant chez un autre ? Suis sûr qu’on y découvrirait des nouveaux sites (…)».
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Derelitta
Le balancement des choses devant le mur des oublis aux aspérités concaves usées par la pulpe ravinée des doigts des mémoires perdues au seuil de prairies d'asphodèles où le visage caressé par les hautes herbes les âmes cheminent levant haut leurs pieds sans chair et la brise tiède s'insinue entre les doigts écartés les paumes face à la colline où domine un rocher plat promontoire fusée figée le balancement des choses quand j'ai sauté à pieds joints dans une flaque de larmes elle pleure dans ses cheveux longs silencieuse je la suis pas à pas vers la barque amarrée là-bas assises face à face sur les bancs nous fendons l'eau sans ramer on aperçoit ses yeux avec au fond du paysage le désert rouge de l'est tu veux t'y fondre consumée par la mort d'un autre qui t'appelait par ton prénom dans le jardin un jardinier irreconnaissable l'arpentait avant de disparaître et tu pleures âme corps esseulé dans l'empreinte de ton pied une asphodèle apparaît le vent de vertige n'aura pas raison de toi.
Enfantissages
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Les autres participants :
Ligne de vie et Balmolok / Biffures Chroniques et L’arbre à palabres / Frédérique Martin et Humeur noirte / Annie Rioux et Philippe Maurel / Tentatives et Brigitte Célérier / Pierre Ménard et Joachim Séné / A chat perché et Kill me Sarah / Petite racine et Juliette Mézenc
Vous pouvez également aller lire mon texte aimablement hébergé chez Enfantissages : ICI
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Libellés :
Vases communicants
Marelle
Tard dans la nuit il a filé entre les lampadaires irisés, a enjambé la grande grille et marché quelques minutes dans la terre muette et les graviers chargés de souvenirs. Puis, il a dessiné une marelle géante dont la dernière case était le trou béant qui accueillerait le lendemain matin le cercueil de son défunt amour.
Conclusion
Elle est l'ombre d'un ange qui passe, le premier tour d'une toupie, la mue d'une chenille, la copie conforme de cette déesse dont j'ai perdu le nom. Elle est tout ça à la fois, et j'ai la chance pour l'instant, d'être le seul à tirer cette conclusion hâtive.
Murmure
On est sorti sous l'arche de la nuit, vider des mots à torrent et foutre des coups de pieds dans les feuilles agonisantes. On a marché entre les vestiges du jour, entre les mégots déchirés et les chewing-gums scotchés au sol à quatre épingles.
Sur le chemin du retour, on s'est tu, et on entendait le silence murmurer "vous êtes pas malheureux cette nuit, dans le tunnel de l'automne".
Vert
Quand je regarde là-haut, dès fois je me dis qu'ils doivent bien se foutre de nos gueules. Finalement on aurait surement l'air moins con si on était vert avec deux antennes sur le front.
Petites cuillères
Il s'imagine que ses yeux sont deux petites cuillères. Il balaie le paysage et avale au passage un bout de nuage, une buse farcie aux mulots des prairies, des feuilles de chêne sur lit de rosée, une vigne avoisinante dont il ne fait qu'une bouchée. Soudain il se brûle la langue en goutant au soleil, et fait de ses oreilles deux verres qui accueillent aussitôt le doux clapotis d'un ruisseau s'écoulant à quelques pas.
Arbitrage
A l'ouest de chez moi, vit un troupeau de cerfs qui bientôt se fera exterminer par la nouvelle famille de chasseurs qui a emménagé à l'est. La vie est ainsi faite, qui me laisse encore une fois au milieu tel un arbitre sans sifflet.
Atterrissage
Alors qu'il venait d'apprendre à voler, et qu'il côtoyait à présent les oiseaux et les nuages argentés, il réalisa soudain qu'il aurait été plus juste de commencer par apprendre à atterrir.
Casse
Elle est comme une vieille bagnole à l'entrée d'une casse automobile. Elle ne peut plus faire marche arrière et accepte la pluie sans broncher. Elle n'ose plus regarder dans les rétroviseurs du passé. Elle se souvient avec nostalgie de l'époque où elle pouvait encore mettre un coup de clignotant et se barrer.
Echappement
© photo : D. Sers-Hermann
Demain il pleuvra des moineaux sur les ardoises humides, les pots d'échappement cracheront sur le bitume gélatineux, et dans la brume dégueulasse du ciel, un avion emportera en douce ce qu'il reste d'arc-en-ciel ici-bas.
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