Bling-bling


Ce soir le ciel
a bien trop d'étoiles
pour être honnête

Ouvre bien grand tes oreilles


La ruse consisterait
à faire de l'imprévu
notre routine

Monstres marins


Tant qu'il y a
au fond de ses yeux
un tas d'espèces que 
je ne connais
pas encore

Morpion


Elle a fait
une croix sur
tellement de choses
sans que cela ne
lui apporte rien
en retour
Sa vie ressemble à
une succession de défaites
au morpion

C'est moi le dernier type


Depuis hier
sur l’échafaudage
un type ponce
un type raconte
des blagues
un type rit fort
à cause du type
qui raconte des blagues
un type sifflote
du Michel Sardou
et en face
de l’échafaudage
un type essaie
d'écrire un poème

Feignasse


 Sans parler
de cette fenêtre
qui ne fout rien
de ses journées
plantée à côté de moi
à me dévisager

Risque d'explosion


Nous passons
des journées
dans le gaz
une étincelle
au fond des yeux

Traversée en solitaire


Entre le premier pied
posé au pied du lit
et le premier mot
lâché dans la cuisine
une mer à traverser
à la rame

Enfin du taf !


Je retape
les portes ouvertes
qu'ils enfoncent

Une trotte


La route du retour
est longue
C'est pas
la porte à côté
Elle passe
ses journées
à l'usine
et ses soirées
dans la lune

Essayage


Derrière la brume
l'horizon essaie
ses nouveaux nuages

Idées tordues


C'est sans doute
son strabisme aggravé
qui permet
à mon chat de lire 
aussi facilement
dans mes pensées

Timing


Je sais
qu'on ne compare pas
des pommes avec
des oranges
mais le temps
passe plus vite
que l'hiver

Guerre et paix


On n'est plus
à un paradoxe près
On se bat
comme on se serre
Les uns contre
les autres

À tâtons


Plus de dix ans
qu'il s'est éteint
je cherche encore
l'interrupteur

Mille-pattes


On avance
comme on peut
On sent bien qu'il manque
quelque chose
mais on avance
sans carotte
au bout du bâton
sans envie
sans sueur
S'arrêter c'est s'enfuir
alors chacun avance
avec la sensation
d'être un mille-pattes
amputé de
998 guiboles

Contorsionniste de post-it


Elle met
des gros mots 
dans ses p'tits mots

Mer de substitution


Autant que
faire se peut
confondre le cri
des embouteillages
avec le murmure
de la mer

La cueillette


Parfois j'ai mille peines
à en dégotter un
Parfois je marche dessus
ou je passe à côté
Attention
même quand la récolte
n'est pas bonne
la balade
reste belle
Un jour le panier
est plein
le lendemain je vois
mes mains 
à travers
Parfois j'arrive trop tard
et je les trouve pourris
ou déjà ramassés
Quoi qu'il en soit
j'aime aller aux poèmes
comme on va
aux champignons

Chaque chose en son temps


Le silence est un peu 
comme les pelles
un jour tu t'en sers
pour creuser
un autre jour c'est pour
boucher des trous

La dictature des ronces - Alma éditeur :


"Un petit bout de terre perdu au milieu de la mer, un bouchon dans l’eau qui attend que ça morde. C’est là, sur l’île de Sainte-Pélagie, que s’installe un été le narrateur. Son ami Henri parti en voyage lui a confié la garde de la maison, du chien et du jardin. Une aubaine pour le narrateur qui s’ennuyait ferme. Bien décidé à sauver le potager des ronces et sa vie de l’atonie douce, il prend ses marques, observe le paysage, arpente ce nouveau territoire. Et fait d’étranges rencontres : un enfant inconsolable, un maire iconoclaste, un voisin au lourd secret, deux chasseurs d’étoiles... Petit à petit il se prend d’affection pour cet endroit unique et surprenant. L’île pourrait tout aussi bien être une planète perdue dans l’espace. Ce confinement dans un endroit improbable au large de nulle part confère à son expérience îlaise et à ses rencontres, l’intensité d’un retour au monde."

La dictature des ronces - Guillaume Siaudeau - Roman à paraître le 5 mars 2015 chez Alma.

Sale maladie


Une fois
n'est pas coutume
le courage
m'a pris ce matin
de trier toute
cette foutue paperasse
ce monticule de factures et de
correspondances avec
Pôle emploi et
d'échanges de mots doux avec
la CAF et 
j'en passe des pires et des
relances de taxe d'habitation
Eh bien croyez-moi
mes amis
je ne souhaite
d'attraper le courage
à personne

Nouvelle vie


Ce "sourire enjôleur"
et ces "lèvres charnelles"
ont quitté un
grand roman
à l'eau de rose
pour habiter
ce petit poème

La rue vue du 4ème étage


Une touffe de
cheveux gris
réprimande une
boule de poil
de la fumée s'échappe
d'une casquette
un mollard est éjecté
d'une capuche
Le toit des voitures
est au ciel
ce que la plante
de nos pieds
est au bitume

Zombies


Trouées de part en part
sous l'éclat
du soleil
les feuilles mortes
reprennent vie

Le locataire d'en face ne manque pas d'air


Il ferme sa porte
à double tour
mais dès qu'il peut
ouvre sa gueule

Infiltration


Un rêve fait diversion
En douce je traverse
une mauvaise passe

Avec les miettes


Il aimerait plonger 
avec sa tartine
au plus profond
du bol de café
Rejoindre les miettes
S'endormir pour de bon
au cœur de
cette nuit humide