Nouvelle vie


Ce "sourire enjôleur"
et ces "lèvres charnelles"
ont quitté un
grand roman
à l'eau de rose
pour habiter
ce petit poème

La rue vue du 4ème étage


Une touffe de
cheveux gris
réprimande une
boule de poil
de la fumée s'échappe
d'une casquette
un mollard est éjecté
d'une capuche
Le toit des voitures
est au ciel
ce que la plante
de nos pieds
est au bitume

Zombies


Trouées de part en part
sous l'éclat
du soleil
les feuilles mortes
reprennent vie

Le locataire d'en face ne manque pas d'air


Il ferme sa porte
à double tour
mais dès qu'il peut
ouvre sa gueule

Infiltration


Un rêve fait diversion
En douce je traverse
une mauvaise passe

Avec les miettes


Il aimerait plonger 
avec sa tartine
au plus profond
du bol de café
Rejoindre les miettes
S'endormir pour de bon
au cœur de
cette nuit humide

Piste verte


Le réveil sonne
La chambre est froide
Les quelques mots
glissés à mon oreille
se prennent pour
des skieurs
en maillot de bain

Tomber dans l'oubli


Les souvenirs ont
besoin d'attention
comme les jardins ou
les tamagotchis
Les souvenirs qu'on néglige
trop longtemps
finissent au fond d'un
trou de mémoire

Sur le fil


Chaque jour
est une nuit
qui sèche

Comme une portée de chatons


Compressés entre
automne et hiver
quelques sourires
recroquevillés

Des efforts pour toucher le fond


Certaines journées
faites de courbatures
et d’essoufflements
donnent l'impression
de monter un escalier
qui descend

Pas besoin de voir pour le voir


On dévisage
le silence
en fermant
les yeux

Tri sélectif


À peine levé que
les bruits de la ville
emplissent peu à peu
mes oreilles
forment des petits
tas d'ordures
Mille petits sacs d'immondices
s'entassent ici
Soudain Chopin
sort les poubelles

Dans de beaux draps


Petit à petit
l'insomniaque défait
son lit

Sur son perchoir


Et la nuit
revient se poser
petit oiseau noir
craintif et affamé
sur l'épaule dénudée
du monde

Jungle urbaine


À l'arrêt de bus
un des quatre types
la dévore des yeux
Ses potes lèchent
la carcasse

Même combat


L'homme va
dans le monde
comme le vers
dans la pomme

À soulagement égal

© photo : Spazzy McGee

On entre
dans chaque jour
qui se lève
comme on sort
d'un supermarché

Problème de ponctualité


Ma motivation a
déjà une heure
de retard
Tant pis je pars
sans elle

Inégalités dans la chute


Dans quel monde
vit-on
pour qu'une tartine
de confiture
ait plus de chance
de survivre
à sa chute
qu'un oisillon

À David.

On se rappelle


C'est un début de semaine
morne et pesant
Silence et ennui
ont profité
d'un week-end agité
pour échanger
leurs numéros de téléphone

Funambule au rabais


J'avance
mot après mot
avec toute
la précaution nécessaire
pourtant il n'est
pas rare que 
je perde le fil
de la discussion

Se passe de mots


Si l'aube
pouvait parler
elle se tairait

Avant de tomber


Nous sommes
des feuilles d'automne
qui profitent encore
un peu de l'été

Une petite signature


Le jour est
un contrat complexe
truffé de
petits points importants
bizarrement formulés
Il faut savoir lire
entre les lignes
ou faire confiance
Ce matin
je m'en remets à ce chien
qui vient de signer
au pied du lampadaire

Sur mesure


Pour nous sentir ici
tout à fait
à notre place
il faudrait que
le monde
soit une combinaison

Conquête spatiale


Elle traverse la rue
une vingtaine d'yeux
gravitant autour
de sa taille