Matins orgiaques


La lumière déborde des nuages, tombe en cascade dans les gorges des vignes. Les vents frais de septembre emmêlent les cheveux des femmes et tressent des tapis où asseoir les yeux des hommes. Les arbres embrassent quelque espoir de gravir un peu plus l'échelle bleue du ciel. Dans les matins orgiaques.

Faire peur à l'inconnu


S'isoler pour se comprendre, embrasser ses convictions, enlacer sa solitude, s'enfermer dans un vaisseau étanche. Devenir l'extra-terrestre de son inconnu.

Jours improbables


Jours étranges, qui tournent pas rond, qui filent pas droit, jours improbables, assaisonnés à la connerie humaine. Jours où l'on peut croiser un mec en costard un dimanche, en fin d'après-midi.

L'hibernation d'une vie

© photo : Anthony Lepore

L'enfance est un long sommeil animal, de poils chauds et de rêves. L'hibernation sans défense d'une vie, dont on ne se réveille que de temps à autre, succinctement, pour bâtir dans nos existences deux ou trois cauchemars.

Deux façons de contempler le ciel


On peut contempler le ciel à travers les yeux de la proie qui attend son heure. Je préfère emprunter la vue perçante du prédateur qui planterait volontiers ses crocs dans les nuages.

Coup d'la panne


Plus un bruit. Mon cerveau file à tombeau ouvert dans la nuit. Un véhicule d'idées sur l'autoroute noire du ciel. Slalom entre les lampadaires d'étoiles. Et cette maudite inspiration qui me refait soudain le coup de la panne.

Comptine macabre


La nuit tombe
entre en trombe
dans les tombes

Au fusain

© photo : Belkacem Boudjellouli

La vie dessine la mort au fusain
le soleil à la gomme à mille lieues 
d'une portée de main

Apprivoiser sa proie


Le changement de saison, la petite nouvelle, sa langue sur notre joue, cette tentative vaine de nous apprivoiser alors qu'elle vient de terrasser celle qui nous a porté plusieurs mois au creux de ses bras.

Dans tes nuits


Serre-moi dans tes bas
dans tes profondeurs
dans les nuits chaudes
de ton entrejambe

Recette de descendance

© photo : John G Moebes

- Je veux un môme Grace, un p'tit mecton qui me coure dans les pattes et me bave sa joie sur le pantalon
- Tu sais Gisèle, c'est pas aussi simple que ça. Il faut des couilles pour faire un môme...

Extrait du film "Recette de descendance", 2095.

J'espère que ça n'arrivera pas


Les rues seront pour la plupart désertes. Des westerns à l'eau de rose sans les roses ni les femmes. Les vautours auront remplacé sur les fils électriques les moineaux, et piailleront avec l'écho de leurs petits estomacs vides. Les hommes construirons des ruines avec des plantes et des pierres mortes. Les mains seront noires, du pétrole avec des doigts, des avant-bras de nuit flottant sur les sentiers. Il ne faudra plus dire merci, il faudra prendre, il faudra utiliser ses enfants comme appâts pour s'endormir repu. Les bonheurs seront des éclats de tristesse,  des monstres dans des cavernes. Il y aura du brouillard, beaucoup de brouillard, du brouillard à n'en plus finir qu'on pourra confondre avec le ciel. Il y aura plus d'animaux que d'hommes, des hommes devenus des animaux, des hommes allongés sur la terre et d'autres plus bas encore. Les odeurs seront endormies dans les souvenirs, remplacées au pied levé par d'étranges effluves. Les jours seront des nuits, les nuits seront des siècles, on parlera d'éternité un sourire au coin des lèvres.

Partage de terrain


Une friche de bonheur
sur une parcelle d'espoir
une forme de survie

Le jour ne s'est pas levé


Cette nuit était un jour qui ne se lèverait jamais, ivre de lenteur et de spasmes, laissant traîner dans les oreilles le bruit des ombres saoules sur les étoffes de bitume.

Dicton pour adultes


C'est pas la p'tite vie qui va manger la grosse mort.

Là où il dort


Là où il dort les animaux de la nuit se disputent le silence, les crocs marquent leurs territoires, les ombres sont bien vivantes. Là où il dort il n'y a pas assez de calme pour être tranquille et trop de bruit pour être en sécurité. Il dort entouré d'onomatopées. Il dort dans la jungle de son crâne, et après plusieurs décennies il lui arrive encore de perdre l'entrée de sa tanière.

Ligne de flottaison


Le ventre plein
la tête vide
le flottement idéal

Matin de soleil


Matin passe sa langue sur mon dos, première sueur du jour. Matin me foudroie de ses rayons, premier aveuglement. Matin me gonfle de lumière, pénètre mes orifices, tend ma peau jusqu'à ce que mes yeux, comme des bouchons de champagne, s'écrasent dans l'horizon.

Sous la glace


L'automne commence à grignoter le foin de l'été, bouffe le jaune et recrache du marron. L'hiver attend patiemment, masse difforme planquée sous la glace. Ses gerçures savent que l'automne est un plat qui se mange froid.

Dans le fossé


Le squelette d'une lourde conséquence
gît dans le fossé du futile.

Baise la mort


Prends-la, retourne-la, un coup devant un coup derrière, 7ème ciel aux p'tits enfers, orgasmes cambouis, muette, infatigable, remets ça, épuisante, finira à cheval sur nos corps usés, le bras qui tourne en l'air d'un rodéo funeste, "yeeeepeeeee !", trainée de charbon dans nos bordels de vies.

Gardien de nuit


Doucement, entre les côtes de la nuit, la pourriture des fruits aux narines, les rêves empalés sur les branches des arbres, la cohue silencieuse de l'attente.

Nos vies de tortues

© photo : Vlad259

La vie une tortue qui court
plus vite qu'un lièvre

Une charogne s'envole - septembre 2010


Charogne est dans les bacs, ceux qui l'ont commandé devraient le recevoir ces jours-ci. Pour les autres, Charogne se commande sur le site d'Asphodèle éditions en cliquant sur contact et en envoyant un chèque de 6 euros à l'adresse indiquée. Vous pouvez aussi voir ça directement avec moi.

Charogne - poésie / textes - 36 pages - format A5 - 6 euros - 
2 numéros par an

Ont participé à ce premier numéro : Oceane Le Tarnec, Pascal Pratz, Julien Blaine, Eric Poindron, Thomas Vinau, Eric Dejaeger, Stéphane Prat, Perrine Le Querrec, Thierry Roquet, Antoine Bréa, Dimitri Vazemsky, Magali Planès, Guillaume Siaudeau

Filles et fleurs


On dit souvent que les filles sont comme les fleurs
alors que ce sont les fleurs qui sont comme les filles.

Celle qui parlait à la nuit


Elle tendait des pièges aux lapins mais n'attrapait que du vent. Elle sortait dans les jours humides avec son parapluie quand dehors n'était que gris sec. Elle aimait tous les hommes du quartier, mais aucun n'appréciait son haleine de violette. Elle faisait tout à l'envers quand tout le village essayait de vivre à l'endroit. Mais dès que toutes les chaumières devenaient des bougies éteintes, elle seule pouvait se vanter d'avoir pour confidente la nuit.

Y a plus d'saisons


Il pleut du soleil, il neige des feuilles, il vente des oiseaux perdus entre la carabine d'hier et la famine de demain.

Entre quatre yeux


Tu es revenue, ma barbe est tombée en flocons, j'ai repris soin de moi, les choses on repris leur place, l'évier s'est vidé, les fleurs ont arrêté de bouder. Le chat ne se love plus contre moi, je ne suis plus son seul confident. Il a toi aussi, on te repartage comme avant. Depuis que tu es rentrée je me dis que s'il y avait quatre yeux dans chaque appartement, les gens seraient sûrement tous heureux.