Sacrifices
Des petits sons qui de la bouche des hommes se déversent dans l'oreille de la nuit. De minuscules plaintes sacrifiées en l'honneur de sa surdité. Des mots qui s'amenuisent entre des lèvres presque closes et un gouffre noir bien trop béant.
Poule mouillée
On devrait pouvoir se foutre en l'air modérément. Vivre une vie dans laquelle se faire sauter le caisson au fusil à eau permettrait de se noyer sans trop se mouiller.
Cohabiter avec dehors
Par la fenêtre les choses tanguent
les gens ne vont pas droit
la rue ressemble à un serpent
je deviens une petite souris
les gens ne vont pas droit
la rue ressemble à un serpent
je deviens une petite souris
Sur le bas-côté
Mes neurones le ventre à l'air sur l'autoroute du dimanche. Les milliards de bruits qui pénètrent mes oreilles. Le vent qui chatouille ma carcasse. Mon ombre transpercée par celles des arbres. La lente décomposition de mes idées. Mes yeux boiteux dans ce jour où chaque minute raconte la fin d'une histoire.
Tffffffffffffffff !
L'automne me sourit de toutes ses dents. L'automne me crache dessus. L'automne me tire par le bras. S'il pouvait parler, l'automne aurait le dernier mot.
Cultiver d'autres jardins
Des lignes à suivre
Curieuse contribution
Une contribution au joli cabinet de curiosités du curieux ami Éric Poindron (cliquez sur l'image pour entrer dans le cabinet)
En voie de disparition
Dans leurs derniers souffles seulement
les hommes redeviennent les proies traquées
de leurs premières respirations
Usines à doigts
Les mains des amoureux sont des usines à doigts. Et leurs doigts de petits ouvriers stakhanovistes bravant le froid d'hiver et les chaleurs d'été. Les mains des amoureux n'emploient que très peu de doigts, mais quels doigts ! Ils ne craignent rien d'autre que la retraite et les licenciements. Il faut dire que dans les usines à doigts on est logé, nourri, blanchi, et qu'il suffit de suivre les lignes pour faire partie de demain. Parfois les doigts peuvent prendre des vacances et visiter les cratères retirés, ou plonger dans les vagues chevelues. C'est peut-être ça le secret. Pour être heureux, tous les doigts devraient passer leur vie dans une usine à doigts.
Aboiement sidéral
Nos petites gueules muettes dans la muselière du ciel. Ici on ferme son clapet. Il faudrait aller outre. Aboyer dans le vide sidéral. Mordre à nouveau la tête haute.
À la vôtre
Tournée générale du ciel, trompettes de Jéricho à ras bord, fausses notes arrosées de soleil. Le vin de la nuit s'est évaporé dans le cœur des hommes. Il est l'heure, au creux des clairières, de goûter aux embruns buissonniers.
Autodafé
Une saison qui meurt emporte avec elle tout un tas d'hommes, de fleurs et d'animaux. Une saison s'éteint dans un autodafé de souvenirs.
Les petites barques
Ce matin est un lac paisible où flottent quelques envies de révoltes. De petites barques brumeuses qui lanceraient volontiers des jurons si la cohue tout autour n'était pas si organisée. Ce matin ne changera pas grand chose. Une fois encore les barques finiront par s'échouer sur les berges de nos espoirs.
Ne pas se perdre
Trouver le champ, la forêt, un tas de feuilles, le champignon, les autres planqués tout autour, les épées de soleil qui éventrent les arbres, trouver la fin de la journée, la fatigue sous nos pieds, le courage dans nos mains, les mirages dorés de l'automne, la route du retour. Trouver ton dernier sourire avant la nuit.
Les bagnards
Bagnards des temps modernes, menottes dans les poumons, coups de pioches dans les foies, conditionnelles dans les cheveux bouclés des filles.
Les vertes journées
Les heures étaient des goutte à goutte, l'été durait plusieurs vies, les ombres se cachaient de nous, plus rien n'importait que les éclats de rire luisant dans nos éternités.
Os à moelle
Sur ses lèvres en reflet la moelle d'un amour, l'essence d'un os aussi facile à fracturer qu'une porte trop vieille pour s'ouvrir simplement.
Ode à la nuit
Glisser dans la nuit, revêtir son linceul noir, s'en faire une amante, l'accompagner dans son insomnie chronique. L'aider à mourir en lui tenant la main dans le matin avortant. Finir par l'aimer.
Là où il y a le plus d'oiseaux
© photo : Bluechameleon
Plus d'oiseaux dans nos crânes que n'importe où ailleurs. Qui picorent les miettes de nos cervelles. Qui cherchent la sortie. Qui font de nos idées des nuées de problèmes. Des oiseaux par milliers qui lorsqu'ils tombent du nid deviennent les mots de nos bouches.
Comme les arcs-en-ciel
Elle dort comme elle mange, elle mange comme elle vit, elle vit comme elle mourra, elle mourra comme disparaissent les arcs-en-ciel.
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