Une flamme / un souffle


Enflammer nos nuits
pour éteindre
nos solitudes

Parution - Microbe n°65 - Mai 2011


Au sommaire :
Collages de Martine Zimmer
Textes de
Ed Anon
Ludovic Arfi
Michel Bourçon
Nicolas Brulebois
Éric Dejaeger
Jean
Murièle Modely
Roger Lahu
Denis Martin
Jany Pineau
Guillaume Siaudeau
Marlene Tissot
Yvette Vasseur
Philippe Vidal
Lila WidmerDe Giraud

Les abonnés le recevront dans quelques jours. Les abonnés « + » recevront également le MANIFESTE POUR LE DROIT À LA NUDITÉ ET À LA SEXUALITÉ DANS L’ESPACE PUBLIC, mi(ni)crobe 29 signé Théophile de Giraud.Les autres ne recevront rien. Pour tous renseignements, contactez le Patron !

Au bout du bâton


L'oiseau mort
donne des ailes
au gamin
qui bientôt
traverse la rue avec
le volatile
empalé au bout d'un bâton
Alors le regard écarquillé
des autres gosses
assis sur leurs sourires
devient aussi émouvant
que l'oiseau
tombé du nid

Toujours debout


La première fois qu'il
voit son père
trancher le cou
d'un gallinacé
il n'a que 10 ans
et le corps affolé
de l'animal
traversant la cour
lui souffle
"Dans la vie
il ne faut jamais rien lâcher"

Faire peur aux lassitudes


L'inconnu
est épouvantail
de l'ennui

Avec préméditation


Elle fait partie
de ces filles
Dont les yeux
sont des histoires d'amour
préméditées

Pas un pour rattraper l'autre


Peu de chance
que ça m'arrive
je peux toujours rêver
regardez celui-ci
pas mieux que les autres
pourtant j'ai essayé
de m'appliquer
d'lui raboter les coins
d'le faire beau
mais c'est pareil
à chaque fois
désolant
autant de poèmes
qui s'la coulent douce
nourris logés blanchis
dans ma cervelle
et pas un seul
pour m'apporter
le petit déjeuner au lit

Les incantations du lundi matin


Lundi matin rituel, où il nous faut invoquer les fins de semaines. Prier pour que nos corps se traînent jusqu'au prochain plumard, jusqu'aux prochaines caresses. Sacrifier quelques sourires sur l'autel de nos bouches, revêtir nos plus beaux costumes et prêcher la bonne parole. Encore une fois, pas de trêve, s'il faut croire en quelque chose, moi je mise tout sur les fins de semaines et le petit miracle de leurs souffles sur nos nuques.

Vies de voleurs


Nous sommes
des oiseaux apeurés
nous fuyons
Nous essayons d'atteindre
quelque chose
au loin
Nous n'apercevons
la vitre
qu'au dernier moment

FPDV / thème n°15 / Le cannibalisme


Aujourd'hui, j'vous sers le dessert chez FPDV.

Bzz bzz bzz


Seins de miel
mains d'abeille
butinement de ciel

Perte et retrouvailles


Nous sommes partis
chacun de notre côté
sans nous retourner
semant juste un peu de vent
entre nos fuites
Heureusement pour nous
le chemin formait une boucle
et nous n'avons pas mis
plus de deux heures
avant de nous remettre
la main dessus

La solitude est un noyau dans un fruit


Sur le parterre
devant chez elle
une impressionnante collection
de coquilles St Jacques
Sur le rebord de
ses fenêtres
des dauphins aux yeux de strass
et sur la porte d'entrée
une pancarte qui dit
"Bienvenue mes amis"
mais à l'intérieur de sa maison
assez de solitude
pour soigner
une foule d'agoraphobes

Pendant les nuages noirs


Certains
lèvent les yeux
ferment leurs sourires
à double tour
ou encore
mettent les mains
dans leurs poches
D'autres
écrasent un soupir
en profitent pour flinguer
un ou deux souvenirs
ou bien
rentrent et s'enferment
dans leurs appartements
Chacun s'occupe
comme il peut
lorsqu'il attend
qu'un nuage noir
passe

Cœur d'orage


Cette fille a le cœur
d'un orage d'été
et les yeux comme
des petites maisons
inondées

Lâcher de chiens


Si le monde avait
un trou du cul
il serait là
sous ce porche
où un vieil homme
le bras posé sur sa carabine
jette ses yeux
sur la plaine
comme il lâcherait
des chiens
dans le paysage

Tomber plus haut

Entre deux eaux


Elle pleure
comme un verre d'eau
qui déborde

Il fait
la bassine

Je les observe
du coin de l'œil
se vider
se remplir

Fossoyeur du dimanche


Creuser
l'écart
entre le début
et la fin
puisqu'il faut bien
commencer
à creuser
quelque part

Croisons le fer avec la nuit


La nuit est 
arme de la solitude
avec laquelle
les petits chevaliers
que nous sommes
croisent le fer
et aiguisent
leurs idées tranchantes

Comme on se construit des horizons


Il suffit de
fermer les yeux
pour construire
des horizons
disait-il souvent
ainsi passait-il ses journées
dans l'espace
et ses nuits entières
dans le lit
de la voisine d'en face
qu'il observait chaque soir
se déshabiller
derrière la fenêtre

Les jours de vertige


Ferme les yeux
ouvre les brèches
de l'imagination
saute dans le vide
de tes pensées

L'histoire monstrueuse


C'était une histoire
qu'il racontait aux enfants
une histoire qui
empêchait de fermer les yeux
ouvrait les bouches
et dressait les poils
sur les bras
Une vieille histoire
bien affreuse
et bien sale
qui savait encore
malgré tout
se faire désirer

Survivre à la douche


Tu es
dans la salle de bain
il pleut sur toi
j'écoute les petites gouttes
cingler ta peau
depuis la chambre
Je suis resté au lit
les yeux encore allongés
derrière leurs fines
canisses de chair
et je m'imagine
ailleurs
dans une cabane
à attendre devant le feu
que tu survives à l'orage
Soudain la porte s'ouvre
je relève la tête
tu es vivante

L'homme qui dort dans l'animal


Sous les poils
de l'animal
la peau
sous la peau
la chair
sous la chair
les veines
sous les veines
les os
et au plus profond des os
l'instinct coriace
d'un homme égaré

Plein le dos


Les épaules doivent
chaque soir
supporter la nuit
qui leur tombe dessus

Être un bison


Paître
à l'abri des regards
devenir le bison
des grands espaces
au fond de tes yeux

La question qui turlupine


C'est une question qui revient sans cesse. Un point d'interrogation parfum boomerang. Il essaie de ne pas trop y penser et pour ce faire s'efforce d'occuper toutes les minutes fourmillantes d'une journée. Il lui est même arrivé de tondre une pelouse déjà tondue, d'arroser ses fleurs après l'averse, ou encore de saboter sa voiture pour mieux avoir à la réparer. Tant qu'il colonise les secondes, le voilà débarrassé de cette question qui lui revient en tête dès qu'il ralentit la cadence. Mais rien à faire, chaque soir elle rapplique pour tordre les fils de son cerveau. Et les yeux au plafond il se demande alors de quelle couleur est la première couleur du jour.