Nos ombres


Sculptures du soleil, ersatz de nos corps, pâles copies écrasées sous nos pieds. Mimées par les rayons, jetées par les nuages.
Nos ombres.

Ragot de banquise


Tout le monde trouve ça dégoutant. Quand il parle trop longtemps, une petite banquise se forme au bord de ses lèvres, et les regards curieux deviennent des manchots.
Et dire que sa femme y fait régulièrement du patin à glace...

Nécrologie et confiture


Plus d'informations sur les tristes décès des Frères Pyramide sur  

La nuit pour cible


Oiseaux gagnant les fosses du crépuscule, offrandes nocturnes, voyage récurrent de mille becs plantés entre le soir et le matin. Fléchettes de plumes, la nuit pour cible.

Mercryl


Un regard peut provoquer les mêmes sensations que le coton de Mercryl sur le coude blessé de l'enfance.

Chanter hier


Ce matin est un pare-brise sale, une carcasse qui a roulé toute la nuit à tombeau ouvert dans la ville. Ce matin est un pare-brise sur lequel des animaux se sont brisé les côtes, qui donne la chance à d'autres proies de chanter encore un peu hier. Les matins sont souvent comme ça, comme des pare-brise sales sur lesquels chacun utilise les essuie-glace du mieux qu'il peut. Puis apparaît le ciel, teint blafard et joues gonflées.

Squelette bovin


Des mois comme des champs de vaches maigres qui ne font pas les choux gras des bouchers.

Villes, périphéries, néant

© photo : Nicolas Lux

Nos têtes sans cesse essaient de devenir des villes, rabaissent celles des autres à la périphérie. Une légion d'inconnus évolue même dans l'insignifiance des terrains vagues, aux confins de notre pensée.

Le silence des mouches

© photo : ICI

- C'est étrange autant de silence. On entend les mouches voler.
- Ouais, dans ce silence les mouches doivent même entendre les humains respirer.

Extrait du film "Le silence des mouches", 2059.
[Cliquez sur le libellé "FILMS" ci-dessous pour lire tous les extraits de films imaginaires]

Fais de beaux empires


S'endormir comme bâtir des empires où les monstres finissent par mourir dans la même fange que les anges.

Hypothétiques récoltes


Tes cheveux seraient des champs de blé, mes mains des glaneuses, nos séparations des averses d'orage à se cacher sous les meules de sourcils.

Herbe à poux

© photo : Gilles Balmert

Pour réparer les sentiers battus il faut avant tout être un expert en élevage intensif de mauvaises herbes.

Mécanique physiologique


Le cycle de la vie voudrait qu'on ait en permanence quelqu'un derrière et quelqu'un devant, qu'on soit à la fois proie et prédateur, une sorte de partouze physiologique, une chaîne métallique robuste dont nous serions les maillons, tous liés les uns aux autres, cernés devant comme derrière.
Ainsi deviendrais-tu ma pince coupante.

Naturisme protégé

© photo : Hunter S Thompson

Parfois l'immensité se contemple nu armé d'un chien.

Hunter


Dans les fourrés
les hommes
de sueur et de hâte
L'horizon une bête éventrée
milk-shake
de boyaux et de sauges

[Extrait de projet en cours]

La bouche pleine

© photo : Guillaum èS

Hier soir la nuit a grogné. J'ai appuyé mes bras sur la rambarde du balcon pour regarder bien au fond de sa gueule. Elle n'avait pas fini sa bouche. Il restait quelques étoiles et un avion, des miettes de nuages et une lune grosse comme un comprimé anti-inflammatoire. Elle me disait "si tu ne vas pas au pieu tout de suite je ne vais faire qu'une bouchée de toi". J'ai suivi ses conseils. J'ai trouvé qu'elle ne manquait pas de culot. Sur le matin j'ai entendu le jour la dévorer, elle et tout ce qu'elle avait entassé dans son estomac galactique. Alors je me suis rendormi dans le ventre replet du jour naissant.

Pilotes de corps


On ne demande pas l'impossible. L'impossible est intouchable. Dans l'estomac d'hier ou l'intestin de demain. On évolue dans le possible, entre les aiguilles d'une pendule et le pilotage de nos corps sur le chantier de l'instant présent.

Celui qui pleurait des flammes


Il longe les rues et contemple leurs yeux qui font les points de repère dans les rues mornes. Des tableaux de maîtres dans un musée. Parce qu'il brûle d'amour pour leurs petits yeux. Il sait que son seul regard ne pourra pas grand chose. Il pleure des flammes.

1% de Vietnam


Se casser la gueule dans les marches de l'immeuble - jusqu'à l'entorse - en amenant dans la nuit sa copine aux urgences est une forme compatissante d'amour-instinctif-paranormal.

Les filles sont des routes


Elles sont les lignes blanches de nos bolides cabossés, les visions floues de nos conducteurs ivres, les rétroviseurs défoncés de nos poursuites creuses. Des routes à suivre en pointillés pour veines alcooliques et mains tremblantes.

Cercle vicelard


Les nuits à attendre le sommeil
enfantent des jours à se languir des nuits.

S'occuper comme on peut


Jouer au poux sur le dos poilu de la colline.

Poignée de secondes


Les 5 secondes après un choc, les 5 secondes après un accouchement, les 5 secondes après la mort, les 5 secondes après un accident, les 5 secondes après un baiser, les 5 secondes après une chute, les 5 secondes après le réveil, les 5 secondes après une triste nouvelle, les 5 secondes après le lever du jour...

Les choses qui enchaînent les hommes à la vie sont l'histoire d'une poignée de secondes.

Nouvelles formes de conjugaison #3

Fais de beaux rêves


Le calme s'est allongé dans l'appartement. Il semble s'écouler de nos oreilles. Il ne porte sur son dos que le tic-tac qui nous rapproche de la fin. Il y  a aussi le frigo qui digère ce qu'on mangera demain. Il y a dehors une voiture qui halète dans le brouillard. Les pas étouffés du chat sur le carrelage. Il y a ta respiration. Il y a ton nez qui siffle un peu quand tu fais entrer de l'air dans ton sommeil. Je peux dormir tranquille, le silence n'existe pas.

Un môme ne peut pas tuer une ombre


Hier j'ai vu un môme essayer de tuer son ombre dans une rue sombre, entre une poubelle et un haut mur en pierre. Il n'a pas réussi.